Steve Jobs avait ses cols roulés noirs, Mark Zuckerberg ses tee-shirts gris… et Jensen Huang sa veste en cuir noir. Le nom du fondateur et PDG de Nvidia suffit aujourd'hui à transformer ce simple vêtement en un objet de collection hors normes. Vendredi dernier, lors d'une vente aux enchères organisée par Sotheby's, la veste noire en cuir de Jensen Huang a été adjugée pour environ 840 000 euros, soit plus de 140 fois son prix de départ de 5 890 euros. Une somme vertigineuse qui dépasse largement l'estimation initiale de la maison de vente, qui tablait sur un prix compris entre 40 000 et 60 000 dollars.
Cette vente symbolise à elle seule l'aura quasi mythique dont jouit Jensen Huang dans l'industrie technologique. La veste, un modèle de la marque Tom Ford, a été portée par le PDG lors de nombreuses apparitions publiques majeures. Elle a notamment été portée lors du Hon Hai Tech Day à Taipei le 18 octobre 2023, et la pièce vendue aux enchères était signée de sa main. Au total, 45 collectionneurs ont enchéri à 65 reprises pour tenter de s'offrir ce morceau d'histoire de l'IA. Sotheby's n'a pas lésiné sur les superlatifs pour décrire ce vêtement, le présentant comme "l'uniforme d'un pionnier, l'emblème d'un leadership authentique, ingénieux, persévérant, courageux et joyeux… le symbole de la vision à l'avant-garde de la révolution de l'IA."
L'ascension fulgurante de Nvidia et de son PDG
Cette vente aux enchères est à l'image des records battus par Nvidia, l'entreprise que Jensen Huang a cofondée en 1993. Parti de rien, le fabricant de processeurs graphiques (GPU) est devenu le pilier incontournable du marché de l'intelligence artificielle. Les puces Nvidia, notamment les modèles A100 et H100, sont devenues indispensables pour entraîner les modèles d'IA générative comme GPT-4, Gemini ou Claude. Cette position dominante a propulsé la valorisation boursière de Nvidia à des sommets jamais atteints : fin 2025, l'entreprise a franchi la barre des 5 000 milliards de dollars de capitalisation, devenant la première société cotée à atteindre ce seuil. Elle avait déjà été la première à dépasser les 4 000 milliards, seulement trois mois plus tôt.
Jensen Huang, souvent vêtu de sa désormais célèbre veste en cuir, est devenu une figure iconique de la tech. Il a fait la couverture du Time Magazine en 2021 dans la catégorie des personnalités les plus influentes. Ses discours lors des conférences GTC sont suivis comme des événements majeurs, et son style vestimentaire est devenu un marqueur distinctif. À l'instar de Steve Jobs, qui avait fait du col roulé noir un symbole de sa marque, Huang a fait de la veste en cuir Tom Ford un emblème de la révolution IA.
Une vente qui interroge sur la bulle de l'IA
Mais cet emballement pour une simple veste intervient dans un contexte de doutes croissants autour de la viabilité économique de l'IA. Si les valorisations des géants de la tech ont atteint des sommets, les investisseurs commencent à s'interroger : les entreprises parviendront-elles à monétiser ces investissements colossaux ? Les revenus suivront-ils ? Cette frénésie n'est-elle pas une bulle prête à éclater ?
Les signes de tensions sont visibles sur les marchés. Vendredi dernier, l'indice Nasdaq, qui regroupe les valeurs technologiques, a chuté de 1,40 %. Le S&P 500 a perdu 1,01 % et le Dow Jones a reculé de 0,77 %. Les places asiatiques ont également souffert : à Taipei, l'indice Taiex s'est effondré de 6,47 %. Cette correction fait suite à des inquiétudes concernant une concurrence chinoise moins coûteuse. Le lancement d'un modèle d'IA par Moonshot AI, une start-up chinoise, a ébranlé la confiance des investisseurs, qui craignent que les géants américains ne puissent pas maintenir leurs marges.
Malgré tout, les résultats financiers récents de certains acteurs clés du secteur viennent tempérer ces craintes. ASML, l'entreprise néerlandaise essentielle pour la fabrication des semi-conducteurs, a annoncé un bénéfice net de 2,9 milliards d'euros au deuxième trimestre 2026. TSMC, le géant taïwanais des semi-conducteurs avancés, a de son côté publié un bénéfice net record au deuxième trimestre, dépassant les attentes, et a annoncé un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars dans l'État américain de l'Arizona. Ces annonces ont redonné un peu de couleur aux marchés lundi, mais la prudence reste de mise.
Le rôle central de Nvidia dans la révolution IA
Bloomberg Intelligence estimait dans un rapport publié début 2026 que Nvidia devrait détenir entre 70 et 75 % du marché des processeurs graphiques nécessaires pour les puces IA jusqu'en 2030. Une domination écrasante qui explique pourquoi l'entreprise est au cœur de tous les débats sur l'IA. La demande pour ses GPU explose, alimentée par les besoins des entreprises comme OpenAI, Anthropic, Google ou encore Apple, qui intègre de plus en plus l'IA dans ses produits. Apple est d'ailleurs redevenue la société cotée la plus valorisée au monde devant Nvidia la semaine dernière, en partie grâce à son plan IA.
Les gouvernements et les entreprises ne veulent pas manquer le train de l'IA. En France, le sommet Choose France début juin a permis de rassembler 93 milliards d'euros d'investissements, principalement dans l'IA. Le patron de SoftBank a notamment promis un investissement de 75 milliards d'euros dans des centres de données dans les Hauts-de-France. La course à l'IA est mondiale, et Nvidia est au centre de cette effervescence.
La vente aux enchères de la veste de Jensen Huang peut être vue comme un symbole de cette époque où tout ce qui touche à Nvidia et à l'IA prend une valeur démesurée. Mais elle est aussi un rappel que les marchés sont cycliques et que les records peuvent être suivis de corrections. L'histoire de la technologie est jalonnée de bulles qui ont éclaté, de la bulle Internet en 2000 à celle des cryptomonnaies en 2022. L'IA est-elle différente ? Pour l'instant, les investisseurs continuent de miser sur son potentiel, mais les signes de saturation commencent à apparaître.
Les résultats du second semestre 2026 ont apporté quelques bonnes surprises, mais les indices boursiers montraient des signes de doute persistants. À Wall Street, le Nasdaq a chuté de 1,40 %, le S&P 500 de 1,01 % et le Dow Jones de 0,77 %. Même constat à Paris, Francfort, Tokyo ou Taïwan. Lundi, les marchés ont repris un peu de couleur, mais les investisseurs restent très prudents.
Jensen Huang, lui, continue de parcourir le monde avec sa veste en cuir, symbole de la révolution technologique en cours. Que sa veste vaille désormais près d'un million d'euros en dit long sur la place qu'il occupe dans l'imaginaire collectif et sur la confiance que les marchés placent dans l'IA. Mais cette confiance peut-elle durer ? Seul l'avenir le dira.
Source: Challenges News